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Personne ne veut être résilient.

Updated: May 15


 




Je vais être honnête : je n’aime pas le concept de résilience.



Femme qui marche nu pied

Plus je tente de définir pourquoi, plus je prends conscience de la complexité de la notion de résilience et ses implications au niveau social. Être résilient n’est pas une mauvaise chose, alors pourquoi le mot me fait autant grincer des dents ?


La définition générale de la résilience c’est une caractéristique donnée qui définit la résistance aux chocs d’un matériau quelconque. En gros : plus on peut taper sur l’objet/le matériau sans qu’il éclate/se déforme, plus il est résilient.


En psychologie, quand on parle de résilience, on parle de la capacité d’un individu à s’adapter, se construire et se développer en dépit de circonstances potentiellement peu favorables/traumatiques

De façon plus populaire, quand on parle de résilience, on cite souvent Nietzsche : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts ».

Je crois qu’on peut tous s’entendre sur ceci : la résilience est généralement perçue comme une qualité. Elle est même relativement recherchée. Il est bien vu de s’adapter et rester fonctionnel même en présence de facteurs peu favorisants. Et habituellement, quand on dit à quelqu’un « Waw tu es résilient ! », on le dit comme un compliment, on admire et souligne les capacités adaptatives de la personne devant nous.


De quelle façon, alors, la résilience peut-elle être dommageable ?


1.      La résilience est parfois confondue avec de la positivité toxique :


Poussée trop loin, la positivité/la résilience nous fait ignorer certains aspects de la réalité et nous mène à emprunter des chemins souffrants et/ou stressants. On peut tenter de se convaincre que « tout va bien », et qu’on devrait être plein de gratitude, alors qu’en réalité, il pourrait être intéressant de s’attarder à la souffrance présente dans notre vie qui est valide et légitime.

 

2.      Pour le seul intérêt de la résilience, on peut persister de façon illogique dans des objectifs irréalistes.


C’est le: « go big or go home ». Tout ou rien. C’est les fameux « il faut que ». C’est de continuer à tenter d’atteindre et maintenir des standards peu réalistes qui sont au-delà de nos capacités. On peut aussi projeter ces standards sur les autres par la suite, ce qui peut rendre nos relations sociales difficiles. C’est souffrant.

 

3.      La perception de résilience chez l’autre peut générer un manque d’intérêt à l’aider.


C’est normal, notre capacité d’aider est limitée, et généralement, on tente de « saupoudrer » nos ressources internes et aider un petit peu tous ceux qui nous semblent en avoir le plus besoin. Et la personne résiliente bien souvent n’a pas l’air d’avoir besoin d’aide. De la même façon, parfois, percevoir que nous sommes résilients peut faire en sorte qu’on demandera moins d’aide, ou on aura l’impression de ne pas en avoir besoin, car « un individu résilient peut se débrouiller ». C’est un peu se faire enlever la permission de souffrir, et de « ne pas être capable ».

 

En réalité, la résilience, ce n’est pas pouvoir tout surmonter, n’avoir aucune limite, n’avoir jamais besoin d’aide et être tout-puissant. Au final, peut-être que je pourrais nuancer mon opinion et dire : je n’aime pas l’interprétation et l’usage qu’on fait en société du concept de résilience.


Et c’est là que j’aimerais redéfinir les choses un peu :


Demander de l’aide, c’est être résilient.


C’est très difficile de demander de l’aide, ça exige de se montrer potentiellement vulnérable devant quelqu’un, de reconnaitre et d'accepter nos limites, et de les respecter tout en investissant nos relations avec les autres de façon confiante et sécure.


Pleurer, c’est être résilient.


C’est se donner la permission d’exprimer une émotion qu’on a été capable de reconnaître et capable d’investir sans craindre d’être complètement submergé.


Souffrir, c’est être résilient.


La présence de souffrance n’égale pas l’absence de résilience. C’est normal de souffrir quand on vit des événements difficiles, c’est très sain de reconnaître ces événements pour ce qu’ils sont et se permettre une réaction émotionnelle appropriée. C’est correct si quand on vous dit « Hey, t’es résilient! » d’avoir juste envie de pouvoir vous effondrer, tout lâcher et pleurer un bon coup. De juste vouloir dire « Non, aujourd’hui je veux pas être résilient ».

 

Et pour revenir à Nietzsche, il pourrait être facile d’interpréter « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts » en « Je dois souffrir et être confronté à des difficultés pour être fort ». On peut être résilients sans avoir été confrontés à un million de difficultés, et dire à une personne qui a été très éprouvée par la vie « tu es résilient » ne fait que mettre en lumière la quantité de souffrance dans sa vie, ce qui ne prend pas du tout l’allure d’un compliment. Le concept de résilience, dans cette situation, expulse la souffrance du portrait.



Et je crois aussi que c’est cette interprétation de la résilience qui parfois fait en sorte qu'on peut être tenté d'élever nos enfants à la dure pour les « préparer à la vraie vie ». Pour qu’ils soient équipés à faire face aux difficultés et être résilients. Ça fait du sens. En même temps, non.


Bien qu’avec l’expérience clinique, je crois de plus en plus que certains facteurs liés à la résilience sont probablement innés, je crois majoritairement qu’on développe de la résilience en étant supporté dès le jeune âge par des adultes empathiques, authentiques, qui nous offrent un environnement sécuritaire vers lequel on sera certain de pouvoir revenir si rien ne va plus. On devient résilient en étant persuadé que si on demande de l’aide, on la recevra, en se sentant accepté et suffisamment en sécurité pour exprimer nos émotions tout en étant aimé inconditionnellement, même quand on commet des erreurs.


La résilience se développe dans la sécurité, pas la précarité.

Si la façon dont on affronte l’adversité puisse faire état de notre résilience, la vie est déjà assez dure, pas besoin de s’imposer ou d'imposer aux autres une idée/interprétation de la résilience qui ajoute une complexité à notre quotidien sans nécessairement être constructive/saine.

Personne ne veut être résilient, parce qu’au final, une vie heureuse, c’est une vie empreinte du plus de simplicité et de facilité possible. En fait, je crois que ce qui exprime probablement le mieux la chose c’est : personne ne veut avoir à être résilient.

 

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Mélanie Coulombe, B.Ps., Thérapeute en relation d'aide

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